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Le marché de l’emploi ontarien enregistre une solide performance en 2018

Le marché de l’emploi ontarien a affiché une belle performance en 2018, inscrivant des gains solides au chapitre des emplois à temps plein, tandis que la baisse du taux de chômage annuel se poursuit pour atteindre un creux inégalé depuis la fin des années 1980. Ces résultats encourageants s’accompagnent d’une accélération de la croissance des salaires, surtout chez les travailleurs à temps partiel, les jeunes et les femmes. En revanche, le détail de l’analyse révèle qu’il reste des taches sombres : le taux de chômage de longue durée est élevé, de même que le nombre d’emplois précaires, pendant que le taux de participation sur le marché du travail, lui, est faible.

Une solide croissance de l’emploi liée à la multiplication des emplois à temps plein

L’économie ontarienne a créé pas moins de 114 400 nouveaux emplois net en 2018[1], un résultat légèrement inférieur à celui de 2017, mais néanmoins bien supérieur à la moyenne des cinq dernières années. Cette forte hausse a contribué à réduire le taux de chômage, qui est passé à 5,6 % en 2018, le plus faible taux annuel depuis 1989.

Une forte croissance de l’emploi et le taux de chômage le moins élevé depuis 1989

Une forte croissance de l’emploi et le taux de chômage le moins élevé depuis 1989

Sources : Statistique Canada et BRF.

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La hausse de l’emploi en 2018 est entièrement attribuable à l’augmentation du nombre d’emplois à temps plein (130 300). Une perte de 15 900 emplois à temps partiel est venue annuler une partie de ce gain, tout en sonnant le glas d’une progression soutenue pendant 10 ans du nombre d’emplois à temps partiel[2]. La part des emplois à temps partiel a ainsi reculé pour s’établir 18,4 % en 2018, sous la moyenne de cinq dernières années (19,1 %). Cette baisse touche surtout les jeunes et les femmes – un peu plus de la moitié des premiers et plus des trois quarts des secondes.

La création d’emplois a été aussi forte dans le secteur public que dans secteur privé, chaque secteur inscrivant des gains d’environ 50 000 emplois. On constate le même phénomène d’équilibre en comparant le secteur des biens et celui des services. Le secteur des biens a enregistré un gain de 12 600 emplois (+2,5 %) en construction et un gain de 9 400 emplois (+19,9 %) dans les sociétés de services publics. Le secteur des services a lui aussi affiché des gains solides : 37 700 emplois dans le secteur du transport et de l’entreposage (+11,0 %) et 24 100 emplois dans celui de l’éducation (+4,8 %).

Les salaires augmentent plus vite grâce à la hausse du salaire minimum

La croissance des salaires en Ontario a fortement accéléré en 2018

La croissance des salaires en Ontario a fortement accéléré en 2018

Sources : Statistique Canada et BRF.

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En 2018, le salaire horaire moyen (tous travailleurs confondus) a augmenté de 3,5 % pour s’établir à 27,36 $, la plus forte hausse depuis 2008. Si l’on tient compte de l’inflation, le salaire horaire moyen en Ontario a progressé de 1,2 % en 2018, soit le double de la croissance annuelle moyenne des huit dernières années.

Ce phénomène découle en grande partie du bond de 18,1 % qu’a fait salaire minimum ontarien le 1er janvier 2018 en passant de 11,85 $ à 14 $. Il s’explique également par la concomitance d’une forte demande de main-d’œuvre et d’un bassin restreint de travailleurs qualifiés.

On observe les plus fortes hausses dans les secteurs des services aux entreprises, services d’immeuble et autres services de soutien (12,1 %), des services d’hébergement et de restauration (9,9 %), de l’agriculture (9,6 %) et de la foresterie (7,9 %).

Les jeunes travailleurs (15 à 24 ans), souvent associés au salaire minimum, ont vu leur salaire augmenter de 10,5 % par rapport à l’an dernier. Les travailleurs d’âge moyen (25 à 54 ans) ont pour leur part vu leur salaire progresser de 3,1 %, et les travailleurs âgés (55 ans et plus), de 2,2 %.

Le salaire des travailleurs à temps partiel, qui travaillent aussi souvent au salaire minimum, a bondi de 6,4 % en moyenne, tandis que celui des travailleurs à temps plein a augmenté de 2,9 %.

Le salaire des femmes est monté en flèche (4,4 %), tandis que celui des hommes grimpait de 2,9 %, ce qui a quelque peu réduit l’écart salarial entre les sexes (voir ci-dessous).

La croissance moyenne du salaire horaire soutenue par la hausse du salaire minimum  

La croissance moyenne du salaire horaire soutenue par la hausse du salaire minimum  

Sources : Statistique Canada et BRF.

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Encore du chemin à faire

Malgré la forte progression générale de marché du travail de l’Ontario en 2018, certains problèmes persistent.

  • Le nombre d’Ontariens en chômage depuis longtemps[3] est tombé à 72 800 en 2018, une baisse marquée de 15 100  par rapport à 2017. Il n’en reste pas moins que la proportion des chômeurs de longue date (par rapport à l’ensemble des chômeurs) s’élevait à 16,9 % en 2018, ce qui est supérieur à la moyenne d’avant la récession (13,0 %)[4]. Étant donné le creux historique du taux de chômage en 2018, un taux de chômage de longue durée élevé porte à croire qu’il y a toujours un décalage de compétences entre l’offre et la demande de main-d’œuvre.
  • Les travailleurs temporaires et les personnes ayant plus d’un emploi vivent une situation généralement plus précaire que la moyenne[5]. Depuis 20 ans, le nombre d’Ontariens ayant un emploi atypique augmente, ce qui témoigne d’une évolution structurelle de l’économie de la province. En 2018, la part des travailleurs temporaires et celle des personnes ayant plus d’un emploi s’élevaient à 11,0 % et 5,6 % respectivement par rapport à l’ensemble des travailleurs, tout comme en 2017.
  • L’écart entre le salaire des femmes et celui des hommes demeure important : en 2018, les femmes gagnaient 89 cents pour chaque dollar gagné par un homme[6]. En 2018, l’écart salarial entre les sexes s’est rétréci de deux cents, résultat de la montée en flèche des salaires des travailleuses à temps partiel[7]. Soulignons que l’écart salarial pour les travailleuses à temps plein est demeuré le même que l’an dernier, soit 90 cents par dollar gagné par un homme.

Malgré la progression du marché du travail ontarien, il reste du chemin à faire

Malgré la progression du marché du travail ontarien, il reste du chemin à faire

Sources : Statistique Canada et BRF.

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La participation au marché du travail continue de baisser

Malgré la relative vigueur du marché de l’emploi – forte création d’emplois et baisse constante du taux de chômage –, de moins en moins d’Ontariens choisissent de participer au marché du travail. En effet, le taux de participation global[8] est passé de 64,9 % en 2017 à 64,5 % en 2018, dans la foulée d’une tendance qui remonte au début des années 2000 et dont la constance s’explique en grande partie par le vieillissement de la population active et par le fait que le taux de participation des travailleurs âgés est nettement plus faible.

Cependant, le taux de participation des travailleurs d’âge moyen (25 à 54 ans) – bien qu’il compense la plus grande partie des effets du vieillissement de la population – s’inscrit aussi dans une baisse généralisée. En effet, le taux de participation des hommes ontariens s’établit à 89,7 % en 2018, alors qu’il s’élevait à 90,2 % en 2017. L’Ontario se classe sur ce plan au quatrième rang des taux de participation les plus faibles, derrière la Nouvelle-Écosse (89,5 %), le Nouveau-Brunswick (88,7 %) et Terre-Neuve-et-Labrador (86,6 %).

Les taux de participation des adultes au marché du travail en Ontario sont parmi les plus bas au Canada

Les taux de participation des adultes au marché du travail en Ontario sont parmi les plus bas au Canada

Sources : Statistique Canada et BRF.

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La faiblesse relative du taux de participation au marché du travail est encore plus marquée chez les femmes adultes. En effet, en 2018, 81,5 % des femmes ontariennes d’âge moyen participaient au marché du travail; l’Ontario se classe ici au dernier rang des provinces. Au Québec, ce taux s’élevait à 86,7 % en 2018, plus de cinq points de pourcentage de plus qu’en Ontario.

Soulignons que les mères d’enfants en bas âge participent notablement moins au marché du travail en Ontario que dans les autres provinces. Ainsi, seulement 70,7 %[9] des femmes ontariennes qui ont un enfant de moins de six ans sont sur le marché du travail, tandis que ce taux s’élève à 81,6 % au Québec. Un tel écart peut largement s’expliquer par la générosité beaucoup plus grande du régime public de garde d’enfants au Québec[10].

Durant les dix prochaines années, le vieillissement de la population ralentira la progression de la population active, limitant ainsi le potentiel de croissance de la province. En encourageant et en facilitant la participation au marché du travail, on améliorerait le revenu de la population tout en contribuant plus largement à une croissance économique vigoureuse.

Zohra Jamasi
Économiste principal                 
zjamasi@fao-on.org

Luan Ngo
Directrice
lngo@fao-on.org

David West
Économiste en chef
dwest@fao-on.org


2, rue Bloor Ouest, bureau 900Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario
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À propos du BRF
Établi en vertu de la Loi de 2013 sur le directeur de la responsabilité financière, le Bureau de la responsabilité financière (BRF) a pour mandat de fournir une analyse indépendante de la situation financière de la province, des tendances de l’économie provinciale et de toute autre question d’intérêt pour l’Assemblée législative de l’Ontario. Visitez notre site à l’adresse https://www.fao-on.org/fr/ et suivez-nous sur Twitter à https://Twitter.com/InfoFAO.


Principaux indicateurs du marché du travail de l’Ontario – 2017-2018

2017

Variation en 2017

2018

Variation en 2018

Taux de participation (%)

Total

64,9

-0,1

64,5

-0,4

15 à 24 ans

60,7

0,4

60,2

-0,5

25 à 54 ans

85,6

0,1

85,6

0,0

55 ans et plus

38,3

0,0

38,0

-0,3

Hommes

69,2

-0,3

68,7

-0,4

Femmes

64,9

-0,1

64,5

-0,5

Emplois (milliers)

Total

7 128,0

1,8

7 242,4

1,6

Temps plein

5 778,7

1,9

5 909,0

2,3

Temps partiel

1 349,3

1,7

1 333,4

-1,2

15 à 24 ans

950,0

2,6

955,7

0,6

25 à 54 ans

4 648,7

1,1

4 715,2

1,4

55 ans et plus

1 529,4

3,7

1 571,4

2,7

Hommes

3 700,9

1,8

3 763,9

1,7

Femmes

3 427,1

1,9

3 478,5

1,5

Secteur privé

4 690,6

2,0

4 740,6

1,1

Secteur public

1 329,1

1,7

1 376,7

3,6

Travailleur autonome

1 108,3

1,1

1 125,1

1,5

Secteur des biens

1 432,6

1,0

1 453,1

1,4

Secteur des services

5 695,4

2,0

5 789,2

1,6

Taux d’emploi

61,0

0,3

60,9

-0,1

Taux de chômage (%)

Total

6,0

-0,5

5,6

-0,4

15 à 24 ans

12,3

-1,7

11,9

-0,4

Hommes

6,2

-0,6

5,6

-0,6

Femmes

5,7

-0,6

5,6

-0,1

Salaire horaire moyen (dollars de 2018)

Total

26,43

1,1

27,36

3,5

Temps plein

28,28

0,9

29,11

2,9

Temps partiel

18,01

2,3

19,17

6,4

15 à 24 ans

14,83

3,4

16,38

10,5

25 à 54 ans

28,63

1,1

29,51

3,1

55 ans et plus

28,13

0,0

28,74

2,2

Hommes

28,20

1,0

29,01

2,9

Femmes

24,64

1,0

25,72

4,4

Source : Statistique Canada, Enquête sur la population active


[1] Les données sur le marché du travail citées dans le présent commentaire sont publiées chaque année dans l’Enquête sur la population active de Statistique Canada.

[2]  Seule exception pour cette période : 2015, où 32 900 emplois à temps partiel ont été perdus.

[3] On entend par chômage de longue durée une période de chômage de plus de six mois.

[4] Plus particulièrement, les travailleurs plus âgés continuent à avoir beaucoup de difficultés à trouver un emploi. Près de 30 % des chômeurs de 55 ans ou plus sont sans emploi depuis plus de six mois, alors que la proportion ne s’élève qu’à 19 % pour les travailleurs d’âge moyen.

[5] Comme il en a été question dans le commentaire 2017 du BRF sur le marché de l’emploi, les travailleurs temporaires en général gagnent 25 % de moins que les travailleurs permanents, ne sont pas admissibles avantages en matière d’emploi et ne profitent de la même sécurité d’emploi. Selon un examen des conditions de travail du gouvernement de l’Ontario, les personnes qui ont plus d’un emploi sont dans cette situation parce que le salaire de leur emploi principal est insuffisant. Plus de 60 % des travailleurs qui ont plus d’un emploi gagnent moins que le salaire horaire médian. Voir le Rapport sur l’examen portant sur l’évolution des milieux de travail (2017) du gouvernement de l’Ontario.

[6] Le terme « écart salarial entre les genres » désigne l’écart entre le salaire horaire moyen gagné par un homme et celui gagné par une femme. On le calcule en divisant le salaire horaire moyen touché par l’ensemble des femmes par celui touché par l’ensemble des hommes.

[7] Le salaire des travailleuses à temps partiel a augmenté de 7,8 %, tandis que celui des travailleurs à temps partiel augmentait de 3,9 %. Cette hausse a été concentrée chez les travailleuses adultes des secteurs de la construction et des services financiers.

[8] La population active totale en pourcentage de la population ayant au moins 15 ans.

[9] Statistique Canada, Enquête sociale générale (2011).

[10] Voir FORTIN, Pierre, « Quebec’s Childcare Program at 20 », Inroads, 2018, pour une recension des études analysant l’incidence des services de garde d’enfants sur les travailleuses.

Excellents gains en emploi, et taux de chômage à son plus bas depuis 1989 
Ce graphique montre la variation de l’emploi net et du taux de chômage en Ontario entre 2000 et 2018. Il y a eu 114 400 emplois créés en 2018, soit un peu moins qu’en 2017. Le graphique indique que le taux de chômage annuel diminue constamment depuis 2009; en 2018, il est descendu à des niveaux jamais vus depuis la fin des années 1980. 

Croissance des salaires fortement accentuée dans la province en 2018 
Ce graphique indique la croissance nominale du salaire horaire moyen de tous les travailleurs entre 2000 et 2018. Les salaires ont bondi de 3,5 %, alors que leur croissance était de 1,1 % en 2017. C’est leur plus forte hausse depuis 2008. 

Hausse du salaire horaire moyen alimentée par l’augmentation du salaire minimum 
Ces trois graphiques groupés présentent la croissance nominale du salaire horaire moyen en 2018 comparativement à 2017 dans trois catégories démographiques : âge; temps partiel ou temps plein; sexe. La croissance des salaires tous travailleurs confondus a augmenté de 3,5 % en 2018. Parmi les groupes d’âge, ce sont les jeunes (15 à 24 ans) qui ont profité de la plus forte croissance, soit une hausse de 10,5 %. Les salaires ont augmenté de 3,1 % chez les travailleurs adultes (25 à 54 ans) et de 2,2 % chez les travailleurs âgés (55 ans et plus). Les travailleurs à temps partiel ont bénéficié d’une rapide augmentation des salaires, à 6,4 %; chez les travailleurs à temps plein, cette croissance s’établissait à 2,9 %. Les salaires des femmes ont augmenté de 4,4 %, comparativement à 2,9 % chez les hommes. 

Malgré les améliorations du marché du travail ontarien, d’importants défis persistent 
Ces trois graphiques groupés montrent la progression de quatre indicateurs du marché du travail entre 1997 et 2018 : proportion des chômeurs de longue date dans l’ensemble des chômeurs; proportion des travailleurs temporaires dans l’ensemble des travailleurs; proportion des personnes ayant plus d’un emploi dans l’ensemble des travailleurs; salaire des femmes pour chaque dollar gagné par les hommes. En 2018, la part des chômeurs de longue date dans l’ensemble des chômeurs a diminué, passant à 16,9 %, mais elle est restée au-dessus de son niveau d’avant la récession, qui était de 13 %. Les travailleurs temporaires et les personnes ayant plus d’un emploi représentent la même proportion des travailleurs qu’en 2017 : 11,0 % et 5,6 %, respectivement. L’écart des salaires entre les sexes s’est amenuisé en 2018 : pour chaque dollar gagné par les hommes, le salaire des femmes est passé de 87 à 89 cents depuis 2017. 

Le taux de participation des adultes ontariens sur le marché du travail : l’un des plus faibles au Canada 
Ce graphique contient une série de tableaux illustrant les taux de participation des hommes et des femmes du groupe d’âge principal pour l’Ontario comparativement aux autres provinces en 2018. Chez les hommes, le taux de participation était de 89,7 %, soit moins que la moyenne canadienne de 90,8 %; seules trois provinces affichaient un taux plus faible. Chez les femmes, le taux de participation s’établissait à 81,5 %, donc moins que la moyenne nationale de 83,2 % et beaucoup moins que le taux de 86,7 % observé au Québec pour ce groupe.